top of page

Nos pieds, ces grands oubliés : pourquoi retrouver le contact avec son corps commence parfois par le sol

il y a 11 minutes
8 min de lecture

Ils nous portent du matin au soir, s’adaptent à chaque pas, à chaque changement de direction et à chaque irrégularité du sol. Pourtant, nous pensons rarement à eux. Nos pieds font partie de ces zones du corps dont nous prenons surtout conscience lorsqu’elles commencent à nous gêner : après une longue journée debout, dans des chaussures inconfortables, lorsqu’une tension apparaît ou simplement lorsque nous sommes fatigués.


réflexologue, marche pieds nus à la maison et dans la forêt

En tant que kinésiologue, cela m’intéresse particulièrement. Non parce que je pratique la réflexologie, je suis kinésiologue, et non réflexologue, mais parce que les pieds sont intimement liés à nos appuis, à notre posture, à notre équilibre et à la manière dont nous percevons notre corps dans l’espace.


Dans un quotidien où nous vivons beaucoup « dans notre tête », revenir quelques instants à quelque chose d’aussi concret que le contact des pieds avec le sol peut constituer un point de départ étonnamment simple. Avant de chercher à comprendre ou à interpréter, il peut déjà être intéressant de ressentir.


Nos pieds ne servent pas seulement à marcher


Lorsque nous sommes debout, les pieds constituent notre contact direct avec le sol. La plante des pieds possède des récepteurs sensoriels qui transmettent continuellement des informations participant au contrôle de la posture et de l’équilibre, en interaction avec celles provenant notamment des muscles, des articulations, de la vision et du système vestibulaire.


La plupart du temps, ce travail s’effectue automatiquement, et heureusement. Nous n’avons pas besoin de réfléchir consciemment à la position de notre talon ou à la pression sous chaque orteil avant de faire un pas.


Il existe pourtant une différence entre recevoir une information corporelle et en prendre conscience. Posez simplement vos deux pieds au sol et demandez-vous où se trouve principalement votre poids : davantage sur les talons, sur l’avant des pieds, sur un côté ? Vos orteils sont-ils détendus ou légèrement crispés ?


Rien n’a changé dans vos pieds. Vous avez simplement déplacé votre attention.


Quand nous vivons beaucoup dans notre tête


Notre quotidien sollicite énormément nos capacités mentales. Nous anticipons, organisons, répondons à des messages, passons d’une tâche à l’autre et pensons souvent simultanément à ce qui s’est passé hier et à ce qu’il faudra accomplir demain.


Pendant ce temps, notre corps continue de respirer, de s’ajuster, de modifier sa posture et parfois d’accumuler des tensions. Il arrive que nous ne remarquions réellement ces sensations qu’au moment où elles deviennent suffisamment présentes pour attirer notre attention.


Dans ma pratique de kinésiologue, le corps occupe justement une place centrale. Il ne s’agit pas de considérer chaque sensation comme un message mystérieux qu’il faudrait absolument décoder, mais de prendre en compte ce qui se manifeste dans le corps parallèlement à ce que la personne raconte, ressent et vit.


On peut écouter le corps sans lui faire dire ce qu’il ne dit pas.


Les appuis : une manière concrète de revenir à son corps


Lorsque je parle d’appui, je ne parle pas uniquement de mécanique. Je parle aussi d’une expérience très simple : se sentir debout, percevoir le poids de son corps et observer la manière dont nous nous positionnons.


Certaines personnes découvrent, simplement en portant leur attention sur leurs pieds, qu’elles s’appuient constamment davantage sur une jambe. D’autres remarquent qu’elles crispent leurs orteils ou qu’elles perçoivent difficilement certaines zones du pied tant qu’elles ne dirigent pas volontairement leur attention vers elles.


Ces observations ne permettent pas d’établir un diagnostic et ne doivent pas être traduites automatiquement en explications psychologiques. Être davantage en appui sur un pied ne signifie pas nécessairement que l’on rencontre tel type de difficulté émotionnelle.


Cela nous donne simplement une information :

« Voilà comment mon corps se présente à cet instant. »


Et parfois, cette observation suffit pour commencer.


Le regard de la kinésiologie sur la posture et le mouvement


Toutes les branches de la kinésiologie ne travaillent pas exactement de la même manière. Dans ma pratique, la kinésiologie structurelle : Santé par le Toucher s’intéresse notamment au corps, aux muscles, aux tensions, à la posture et à la mobilité.


Le pied s’inscrit naturellement dans cet ensemble, car il ne fonctionne jamais seul. Une modification des appuis peut s’accompagner d’adaptations au niveau de la cheville, du genou, du bassin ou du reste du corps. Inversement, notre manière de nous positionner globalement influence aussi la répartition du poids sur nos pieds.


C’est donc l’ensemble du corps qui m’intéresse, bien davantage qu’une zone isolée. Cette vision globale correspond à ma manière d’envisager la kinésiologie : observer les interactions plutôt que chercher systématiquement une cause unique.


Revenir à ses pieds ne signifie pas interpréter ses pieds


C’est probablement le point auquel je tiens le plus. Dans les pratiques corporelles, il peut être tentant d’attribuer immédiatement une signification à une tension ou une sensation : « si j’ai mal ici, c’est parce que… », « si mon corps réagit comme cela, cela signifie que… ».


La réalité est généralement beaucoup plus complexe. Une douleur au pied peut avoir une origine mécanique, une chaussure peut être mal adaptée, une activité inhabituelle peut avoir sollicité certains tissus, un problème médical ou podologique peut exister, ou le pied peut tout simplement être fatigué.


C’est pourquoi je préfère commencer par une question beaucoup plus simple : qu’est-ce que je ressens réellement ?


Puis, seulement si cela a du sens dans le cadre d’un accompagnement, nous pouvons explorer ce qui participe éventuellement à cette expérience.


femme qui prend soin de ses pieds

« S’ancrer » : remettre quelque chose de concret derrière ce mot


Le terme « ancrage » est beaucoup utilisé dans l’univers du bien-être, au point de devenir parfois assez abstrait. Pour moi, il peut déjà être ramené à quelque chose de très simple : être capable de porter son attention sur ce qui est présent ici et maintenant dans son corps et son environnement.


Le contact des pieds avec le sol peut devenir un excellent support pour cela. Il n’est pas nécessaire d’imaginer des racines qui descendent dans la terre si cette visualisation ne vous correspond pas. On peut simplement sentir les talons, l’avant des pieds, les orteils, la pression du sol ou la stabilité de la position.


Cette attention au corps rejoint également certaines pratiques de sophrologie que j’utilise et que j’enseigne : ralentir, respirer, ressentir et revenir à une expérience corporelle présente. Mais sophrologie, kinésiologie et réflexologie restent des disciplines différentes.


Créer des passerelles ne signifie pas les confondre.


Une petite expérience pour retrouver ses appuis


Il est possible de faire une expérience très simple, sans qu’il s’agisse pour autant d’un traitement ou d’un exercice de réflexologie.


1. Se placer

Mettez-vous debout dans une position confortable, à proximité d’un support si vous avez des difficultés d’équilibre. Regardez devant vous et ne cherchez pas à « bien vous tenir ».


2. Observer

Pendant quelques secondes, portez votre attention uniquement sur vos pieds. Percevez les talons, les bords externes, l’avant-pied et les orteils.


3. Comparer

Votre poids semble-t-il réparti de façon identique des deux côtés ? Un pied vous paraît-il plus présent que l’autre ? Certaines zones sont-elles plus difficiles à percevoir ?


4. Ne rien corriger immédiatement

C’est peut-être la partie la plus intéressante. Ne cherchez pas aussitôt à modifier ce que vous observez : restez simplement quelques instants avec l’information.


Observer avant de corriger peut être une attitude précieuse dans le travail corporel.


Pourquoi cette attention change-t-elle notre perception ?


Lorsque vous portez votre attention sur vos pieds, vous ne créez pas soudainement de nouvelles sensations. Vous rendez conscientes des informations dont une grande partie était déjà présente.


Notre corps transmet continuellement des informations sensorielles, tandis que notre attention reste sélective. C’est un peu comme une horloge dont on ne remarque plus le tic-tac jusqu’au moment où quelqu’un attire notre attention dessus.


Revenir aux appuis peut donc constituer une manière très concrète de déplacer temporairement son attention des pensées vers les sensations. Cela ne soigne pas automatiquement le stress et ne règle pas un conflit émotionnel, mais cela peut offrir un point de repère corporel.

Et parfois, un point de repère est déjà un très bon début.


Et la réflexologie dans tout cela ?


C’est ici que je souhaite établir une frontière claire : je ne suis pas réflexologue. Je n’utilise donc pas cet article pour expliquer comment pratiquer une séance de réflexologie ni pour enseigner une cartographie réflexe du pied.


La réflexologie possède son propre cadre, ses propres techniques et ses propres formations. Elle utilise notamment des pressions sur différentes zones du pied dans le cadre d’une cartographie spécifique à cette discipline.


Les correspondances proposées par ces cartes appartiennent au modèle réflexologique. Elles ne doivent pas être présentées comme des connexions anatomiques démontrées permettant de diagnostiquer ou de traiter une maladie.


Cela n’empêche pas de s’intéresser à la réflexologie. Cela permet simplement de lui donner une place claire : celle d’une pratique complémentaire disposant de son propre langage et devant être exercée dans les limites de son champ professionnel.


femme qui marche pieds nus en pleine conscience

Kinésiologie et réflexologie : proches sur certains terrains, différentes dans leur pratique


C’est justement ce qui rend le rapprochement intéressant. Kinésiologues et réflexologues peuvent tous deux porter une attention particulière au corps et aux sensations, mais ils ne travaillent pas avec les mêmes outils.


En kinésiologie, mon cadre s’organise notamment autour du test musculaire et de techniques propres à ma formation. En réflexologie, le praticien est formé au toucher réflexe et aux protocoles spécifiques de cette discipline.


Il ne s’agit donc pas de chercher laquelle de ces pratiques aurait « raison ». Elles proposent simplement des portes d’entrée différentes autour du corps.


Et la qualité professionnelle consiste justement à connaître la porte que l’on utilise… ainsi que celle qui appartient au métier du voisin.


Pour le praticien : garder la curiosité sans sortir de son champ de compétence


C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, en tant que praticienne mais aussi comme formatrice. Nous pouvons être curieux des autres disciplines, comprendre comment elles travaillent, échanger avec leurs professionnels et parfois découvrir que certaines observations font écho à notre propre pratique.


Mais cette curiosité ne doit pas devenir une appropriation. Je peux, en tant que kinésiologue, observer les appuis, m’intéresser à la relation entre posture, mouvement et perception corporelle, et inviter quelqu’un à prendre conscience de ses sensations.


Cela ne fait pas de moi une réflexologue.


Cette distinction protège autant le praticien que la personne accompagnée.


Quand faut-il penser d’abord à un professionnel de santé ?


Tous les ressentis corporels ne relèvent pas d’une pratique de bien-être. Une douleur persistante au pied, un gonflement inexpliqué, une plaie, un engourdissement, une perte de sensibilité, une difficulté nouvelle à marcher ou une modification importante des appuis mérite une évaluation adaptée.


Dans ces situations, la kinésiologie ou la réflexologie ne doivent jamais retarder un avis médical, podologique ou paramédical approprié.


Être attentif au corps, c’est aussi savoir reconnaître le moment où celui-ci nécessite une prise en charge relevant d’un autre professionnel.


Se former lorsque l’on souhaite aller plus loin en réflexologie


Si la réflexologie vous intéresse réellement, le meilleur moyen de la découvrir n’est pas de reproduire quelques pressions observées sur une vidéo ou un schéma trouvé sur Internet. C’est d’apprendre auprès de professionnels formés à cette discipline.


C’est précisément à cet endroit que mon regard de kinésiologue s’arrête et que commence celui du réflexologue.


L’école Réflexalto, formation en réflexologie plantaire propose un cursus spécifiquement consacré à la réflexologie plantaire. La formation permet notamment d’aborder le toucher réflexe, l’anatomie du pied, les protocoles, la conduite d’une séance et la posture professionnelle.


Pour quelqu’un qui souhaite réellement apprendre cette pratique, suivre une formation spécifique permet de la découvrir dans son propre cadre plutôt que de la mélanger avec une autre approche.


Finalement, pourquoi commencer par le sol ?


Parce qu’il est déjà là.


Nous passons beaucoup de temps à chercher de nouveaux outils, de nouvelles méthodes ou de nouvelles explications. Pourtant, avant d’aller plus loin, il peut être intéressant de revenir à quelque chose d’extrêmement simple : sentir que l’on est debout, observer ce qui nous porte et percevoir comment notre poids rencontre le sol.


Nos pieds ne sont pas seulement l’endroit où finit notre corps. Ils sont aussi l’un des lieux où notre corps rencontre concrètement son environnement.


En tant que kinésiologue, c’est finalement ce qui m’intéresse le plus dans cette réflexion : non pas chercher dans chaque pied une carte cachée de ce que nous sommes, mais retrouver une capacité beaucoup plus fondamentale, celle de ressentir ce qui est déjà là.


Et peut-être qu’avant de chercher à aller plus loin, revenir quelques instants à nos appuis constitue déjà une belle manière de revenir à soi.

Commentaires


bottom of page